SAS de départ

Jour J, je retrouve Mathilde, on met en place sa stratégie : aller aux toilettes du SAS 4h30 tant qu’il n’est pas encore vraiment ouvert. Petit échauffement avec quelques gammes et nous entrons dans le SAS. J’ai gardé une vielle doudoune et je ne regrette pas, il fait très froid ce matin. Je mange 2 gommes stimium focus. J’ai toujours cette capacité à stresser à J-7 d’une course, mais le jour J tout s’envole, une fois que je suis prête et sûre de n’avoir rien oublié j’ai qu’une hâte, y aller !

KM 0  à 5

On s’élance sur les pavés, c’est dingue Paris s’ouvre à nous et les spectateurs nous félicitent déjà d’avoir pris le départ de cette belle aventure. Edouard et Séverine sont au km 1 pour nous encourager, ils me mettent directement dans l’ambiance, je ne vais avoir qu’une hâte les retrouver ! Le parcours a changé cette année, nous passons par la place Vendôme et nous faisons le tour de l’opéra, c’est magnifique. Je réalise vraiment la chance que nous avons d’être là. On discute avec Mathilde, je suis surprise, je pars dans les allures fixées et je ne suis pas essoufflée, on se force même à ralentir. Je ne réalise pas que je fais les premiers km de mon Marathon, c’est tellement surprenant de se retrouver de l’autre côté de la barrière. On arrive au Km5, on commence à manger place de la Bastille pour anticiper le premier ravito.

KM 6  à 10

Les kms défilent à une allure folle, on est occupé à parler et à regarder la foule pour voir si on reconnait des personnes. On reçoit déjà quelques encouragements, on les prend en souriant et en remerciant ! On arrive au ravito, les moments que j’aime le moins… Pas question de les louper, même si nous n’avons pas soif nous savons que l’eau sera notre allié pour aller jusqu’au bout. Mais à chaque ravito on fait face à plusieurs difficultés : ne pas se perdre de vue, ne pas se prendre quelqu’un qui bifurque au dernier moment, ne pas glisser et ne pas perdre trop de temps. C’est un soulagement quand on arrive à se retrouver après ce sale ce moment avec notre bouteille à la main. 

KM 11 à 15

On entre dans Vincennes, une partie redoutée car pas les personnes pour encourager sont beaucoup moins nombreuses. Finalement ça n’a pas trop d’impacts, au semi-marathon il y avait moins de personnes et on devait en plus lutter contre le vent. Là la météo est parfaite, on s’est vite réchauffer et on prend même le soin de s’asperger les jambes aux ravitos.

KM 16 à 20

On est toujours sur le parcours du semi-marathon, mais la foule est bien plus présente ! On a des artistes qui mettent de l’ambiance, des pancartes partout à lire ! J’en vois une avec écrit

« Vas-y Lolo »

ça me fait rire j’ai l’impression que c’est ma maman qui la tient ! Ca me rebooste de penser à ma famille, ils n’ont pas pu venir alors j’essaye de me rappeler de tout pour pouvoir leur raconter ! Mathilde est toujours avec moi, le temps passe tellement vite à ses côtés, on papote, je savais que le premier semi devait passer facile, mais je ne pensais pas qu’il serait aussi chouette ! J’avais vraiment l’impression d’être au bon endroit, avec la bonne personne, la bonne allure et les bonnes jambes, tellement agréable !

Au km 18, Mathilde me dit que dans 10km je retrouve Edouard, déjà !

KM 21 à 25

On passe le premier semi en 1h54’33, c’est parfait ! J’entends la voix d’Edouard qui me disait

« tu verras le premier semi va passer tout seul »

et j’avais justement tellement peur d’être déjà dans le rouge, mais il avait raison je suis encore fraiche, j’ai pas beaucoup transpiré et je peux toujours parler aisément. On a un peu d’avance, mais on reste dans les allures ciblées, je garde en tête que tout peut arriver. Mathilde commence à faire ses calculs, elle se rend elle aussi compte qu’elle est sure les allures de son RP, et on en vient à la même conclusion

« on se sent bien »

Je garde toujours une gomme stimium dans la bouche pour ne pas manquer de sucre, je varie les goûts pour ne pas me lasser. Je regarde partout pour voir si Séverine ne serait pas là, elle m’a dit qu’elle essayerait de passer après l’arrivée de Baptiste, mais ça me paraissait compliqué niveau timing. On passe les 25km en 2h15.

Km 26 à 30km

On arrive sur les quais Mathilde me dit

« ah les quais la partie que j’aime le moins, bon après les tunnels, ce sont les tunnels que j’aime le moins »

ça fait rire un autre participant qui semble approuver son point de vue. Du coup je reste sur la réserve, j’espère que ça va pas être trop casse-pattes. Mais le résultat est tout autre, il y a une ambiance de dingue, les gens sont de chaque côté à nous encourager et même sur les ponts, ça crie, chante partout! J’en ai des frissons tellement l’ambiance est magique, je me prête au jeu je crie aussi, j’ai les yeux qui brillent, c’est ça que je venais chercher sur le marathon !

On arrive dans le loooooong tunnel, il fait chaud dedans, mais il y a toujours des coureurs pour mettre de l’ambiance et improvisée une holà. Chaque moment devient magique c’est indescriptible.

Je réalise que ça fait plus de 2h30 qu’on court, c’est incroyable je ne ressens quasiment pas de fatigue, ça commence légèrement à couiner au niveau des articulations mais rien de comparable avec ma première sortie longue d’1h45 où j’avais limite des douleurs aux chevilles. La je suis vraiment obligée de réfléchir et de me dire

« bon alors état des lieux, est-ce que j’ai mal quelque part ? » et la réponse est « non tout va bien ».

Le corps humain est incroyable.

On passe les 27km, je me tourne vers Mathilde

« Bon à partir de maintenant c’est l’inconnu ».

Ma plus longue distance était 27km, je n’ai jamais fait plus et il me tardait de savoir comment mon corps allait le vivre. On maintient l’allure, je sais que dans un km je retrouve Edouard et j’ai à cœur d’avoir respecté le temps que je lui avais dit.

Au 28km, je cherche partout Edouard, j’ai qu’une envie le voir, alors je suis à l’affût d’un blondinet habillé en noir avec un bandeau blanc ! Et je vois au loin un blondinet habillé en bleu avec un bandeau noir (il s’est changé le coquin !), je lui fais signe il nous rejoint ! C’est beaucoup trop chouette de l’avoir à mes côtés. Il me demande comment je me sens, il se rend vite compte que tout va bien il me le répète

« punaise t’es bien là « 

Il a l’air surpris et fier alors ça me fait plaisir ! On finit les tunnels, Edouard me force à ralentir dans les montées pour que j’en garde sous le pied.

Km 30 à 35

Edouard est au téléphone avec Séverine qui essaye de nous rattraper on a dû la louper de peu et j’ai trop envie qu’elle nous rejoigne ! On passe les derniers tunnels, on passe à côté de la Tour Eiffel. J’entends une voix que je connais Séverine est là ! Le bonheur ! J’entends Edouard lui dire « elle est bien, elle parle sans effort », je suis tellement contente et je préfère ça à un

« elle est au bout de sa vie, je sais pas si elle va finir ! ».

On passe le km 30 en 2h42, et le fameux stand de JBL « No wall, no wall ». Je me tourne vers mes amis, « j’ai pas de mur » ! Mais je reste méfiante je sais que ça peut m’arriver à tout moment. Dans ma tête j’espère que ça arrivera le plus tard possible. Au km 32 je commence à faire des calculs, si je fais les 10 derniers qu’il me reste à 10km/h, je termine en moins de 4h. Ca me laisse une marge, je me dis que c’est possible espérons que ça passe!

Heureusement que j’ai Séverine et Edouard avec moi, ils me permettent de me frayer un chemin, je me rends pas vraiment compte mais je n’arrête pas de doubler, et du coup je slalome sans arrêt. Certains passages sont très étroits, et certains coureurs marchent alors il devient compliqué de passer, certains s’arrêtent même sans prévenir. ou slaloment, je me dis que j’ai bien fait de changer de sas et de me mettre dans celui de 3h45, même si je comprends pas que les gens se surévaluent autant… Je continue de croiser plein d’amis qui m’encouragent, ça fait tellement plaisir !

Au km34, on se prend un léger faux plat montant Mathilde me dit que c’est le faux plat qu’elle aime pas, on le franchit sans trop d’encombre elle me dit que le plus dur est derrière moi jusqu’à… ce qu’elle s’aperçoive que c’était pas le bon faux plat montant ! Et que le vrai est devant nous, aïe ! Pour la première fois depuis le début, je préviens que je ne vais pas pouvoir parler, j’ai le coeur qui monte et les cuisses commencent sérieusement à chauffer.

L’avantage c’est qu’il y a du monde autour, mais je me prends une première claque.

Je suis contente d’arriver en haut mais je sens que les jambes ne sont plus aussi fraiches après plus de 3h de course. C’est le jeu !

KM 36 à 40km

Ca commence à bien piquer au niveau des cuisses, j’essaye de garder le rythme, mais tous les efforts supplémentaires deviennent compliqués comme slalomer entre les participants… heureusement je croise encore plein de personnes que je connais Rozenn, Sophie, Constance, Mélanie une de mes collègues qui court avec moi sur 500m en criant « t’es une championne Lorena », ça me rebooste à fond ! Il y a également Stéphane et Maud qui nous rejoint pour m’encourager et Max qui est là pour me donner les précieux conseils de fin de course. J’ai tellement de chances de les avoir.

On passe le km 38, et là ça devient très compliqué, je n’ai plus la force d’aller aux ravitos, je suis passée en mode

« je veux que ça se finisse »

Je prends un gel pour essayer de m’apporter un peu d’eau pour les derniers km restant. J’ai l’impression que tout me demande une énergie de fou : écouter mes potes, regarder qui m’encourage, le paysage. J’ai qu’une envie c’est de me mettre dans ma bulle en regardant le sol. Je suis plus trop lucide, je me rends plus compte de ce qui me reste à parcourir, je m’emmêle les pinceaux dans mes calculs. J’entends Max qui me dit plus que 10 tours de piste, ça me parle un peu plus mais ça me parait tellement loin.

On passe la ligne des 40km, j’ai un regain d’énergie et une émotion forte qui me traverse. 40km, bon sang, je vais le faire, je vais être marathonienne ! Je pense surtout à ma famille et à mes proches qui ont dû recevoir la notification et qui ont du se dire, c’est bon elle va le faire ! J’en ai des frissons, je regarde Séverine, les yeux humides qui comprend tout de suit ce qu’il se passe

« oui Poulette tu vas le faire »

Je n’arrête pas de regarder la montre, car j’ai l’impression d’avoir complètement ralenti alors qu’au final je suis toujours dans l’allure et au-dessus des 10km/h? J’ai l’impression d’être la nana alcoolisée qui rentre de soirée, je pleurniche à moitié en pensant à l’arrivée, je remercie mes amis d’être là et de m’aider à avancer en leur répétant à tout va que je les aime, j’ai aucune idée d’où je suis et de ce qu’il me reste à parcourir, je m’agace dès que je vois que mes amis partir trop loin de moi, mais je continue d’avancer en slalomant…

Malheureusement mes potes se font virer de la soirée, au 41km ils doivent sortir du parcours. Heureusement Mathilde est toujours là, je m’accroche, j’essaye d’accélérer mais tant que je ne vois pas l’arche d’arrivée, je n’y arriverai pas, ce n’est que les 300 derniers mètres, les fameux derniers où je la vois. Elle est là, devant moi, comme je l’avais imaginée, entourée d’une foule qui crie et qui nous encourage, il y a tellement de monde autour à applaudir que je n’arrive pas à distinguer les visages et puis je suis plus assez lucide pour ça. Je me retrouve pour une fois de l’autre côté de la barrière, avec l’arche qui me tend les bras, celle que j’ai imaginé pendant toute ma prepa et qui me donnait la force d’aller jusqu’au bout de mes sorties longues, elle est là, celle qui me fait devenir marathonienne.

Je franchis la ligne, je regarde ma montre et je m’effondre dans les bras de Mathilde. Je suis marathonienne, et je termine mon premier marathon en 3h50’38, un chrono que je n’aurais jamais imaginé. Je partais sur les bases de 3h53 pensant me prendre un mur et le résultat est tout autre. La joie est immense, j’ai rarement été fière de moi, mais ce jour-là je l’aurais été. Je me suis prouvée que j’en étais capable et je m’en suis donnée les moyens et franchement ça valait bien tous ses entraînements et ces sorties longues !

S’ensuit la marche la plus longue de ma vie, je réalise à ce moment ce que j’ai infligé à mon corps et toute la fatigue accumulée, mes jambes ne répondent absolument plus, ma tête est ailleurs mais je vis un véritable bonheur.

Si vous avez envie de faire un marathon, faites-le, préparez-le, donnez vous les moyens d’y arriver et vous verrez le jour J vous vivrez l’une de vos plus grande satisfaction.

Bref, je suis marathonienne.

Publié par :Lorena Rdi

2 commentaires sur &Idquo;Bref, je suis marathonienne&rdquo

  1. Hello,

    Merci beaucoup pour ton compte rendu, pleins d’émotions et de sincérité. Tu es une vraie source de motivation, et ta dernière phrase raisonne en moi : dossard pris pour 2020 !

    Bonne continuation pour ton blog et merci de nous faire vivre tes passions

    J'aime

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